Partager l'article ! La biodiversité au cœur d'un nouveau modèle de société.: En présence de : Ghisl ...
La politique, le politique, les politiques : ce qu'elle est, ceux qui la font et ce qu'elle fait...
En présence de :
Ghislaine Hierso, représentante de l'association Orée – Répercussion écologique sur les industries ;
Emmanuel Delannoy, représentant d'Inspire – Répercussion écologique sur l'économie ;
Sandrine Bélier, eurodéputée ;
François Letourneux, président de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature en France)
Pascale Rossler, vice-présidente de la région Centre.
Abscence de Anny Poursinoff, Grégoire Lejonc pour Greenpeace et Yann Arthus-Bertrand.
Sandrine Bélier ouvre ce forum en évoquant le sommet de Nagoya qui se tiendra en octobre prochain. Il s'agit du sommet mondial de la biodiversité. Une étude menée par un économiste britannique depuis trois ans sera dévoilée. Elle porte sur "l'évaluation économique des services rendus par la nature et le coût de l'inaction". En prévision de ce sommet, il y a la possibilité d'emblée de mettre en place deux stratégies. La première dénonce que d'ici 2050, il y aura un "manque immense des ressources piscicoles". La seconde met en avant la "nécessité d'un accès et d'un partage aux avantages des ressources énergétiques". Tout cela s'inscrit dans les enjeux du rapport direct entre les Nords et les Suds. Enfin, ce sommet verra cinq points de négociations majeurs.
Intégrer la biodiversité à tous les niveaux de gouvernement et à toutes les échelles de la société de même que les entreprises ;
Trouver les moyens et les outils de réduire les « pressions directes » (pollution, urbanisation, espaces invasives) ;
Sauvegarder les espaces et ainsi fixer à l'échelle mondiale un procédé de « terre protégée » ;
Mettre en place un aménagement des avantages liés à la biodiversité et aux écosystèmes procurant ainsi un partage de ces avantages de même qu'une évaluation des services redus par la nature.
Renforcer les mises en oeuvres politiques de la biodiversité à travers les politiques de financement. Par exemple il pourrait avoir la proposition faisant qu'une partie du PIB de chaque État participe à ce financement de la biodiversité de même qu'au développement de connaissance.
Sandrine Bélier, eurodéputée, rappelle enfin qu'elle est chargée de la coordination de la campagne de la biodiversité des Verts européens et souligne la « position ambitieuse » de la politique défendue au sein du Parlement. A l'heure actuel l'espoir est grand, et l'intégration de la biodiversité dans les politiques de l'UE passent également par les politiques sectorielles. Pour acter de la préservation de la biodiversité, la « stratégie 20 20 » a été mise en place. Il s'agit d'un processus économique à moyen terme. Enfin, Sandrine Bélier a souhaité redire combien il était capital de concevoir ces enjeux de façon transversale, en traitant la biodiversité à la fois à travers ses aspects économiques aussi bien que sociaux. Il est primordial de « valoriser le capital et le patrimoine naturel sans pour autant monétariser la nature ».
Le relai est pris par Emmanuel Delannoy qui regrette qu'il n'y ait pas d'études sur la biodiversité à propos de l'emploi. Selon lui, le potentiel de la biodiversité est tel, que cela permettrait « la transformation des emplois qui existent et leur rapport à l'économie». Néanmoins, en 2009 un groupe de travail a créé un comité de la filière de l'environnement. Le but étant de recenser les individus travaillant dans la biodiversité. Il s'avère que cela représente seulement 2% du total des emplois de l'environnement. Pourtant il y a un fort potentiel de croissance et l'objectif est dans un premier temps de doubler ce pourcentage, soit 20 000 emplois supplémentaires. Par simple comparaison, Emmanuel Delannoy a rappelé que les collectivité territoriales employaient à elles seules 80 000 personnes pour les « espaces verts ». Néanmoins, malgré ce faible pourcentage, il estime que les « emplois induits de la biodiversité représentent la quasi totalité des emplois car les biens et les services dépendent de l'écosystème ». Il y a un « génie écologique » où apparaît l'aménagement des espaces pour les vivants (et non pour la beauté seule). A travers ce fort potentiel d'intégration, sur dix ans, cela pourrait représenter 10 000 emplois.
Dans le secteur industriel il faut souligner le nombre de métiers qui émergent. Ainsi, le lien doit être fait entre les entreprises et les écologues et biologistes. « La biodiversité ce n'est pas seulement un parc ; c'est penser le rapport Homme / Nature ». Il y a deux approches à cela. La première est "défensive" et s'établit sur les « acquis » que nous avons déjà à propos de la nature et de notre milieu. La seconde est quant à elle « offensive » et se développe par la « création de nouveaux métiers ». Bien évidemment, une question fondamentale se pose : « qui va investir ? ». L'idée serait de rendre solvable cette demande de bien et de services par une refonte de la fiscalité actuelle. En effet, on parle souvent de la fiscalité du capital mais peu sur celle des ressources.
De toute manière il est indispensable de trouver un autre argument que celui qui est monétaire. Cela relève du « devoir moral que de préserver les écosystèmes pour ce qu'ils sont et non pas simplement pour ce qu'ils peuvent nous apporter ». Enfin, nous sommes dans une époque « post-néolithique » (expression de F.Letourneux) car il faut trouver un moyen de renouveler les relations entre les Hommes et la Nature. Actuellement notre comportement n'est que pure « illusion de la maîtrise de la Nature par l'Homme ».
François Letourneux cite dans un premier temps Robert Barbot : la nature c'est « le tissu vivant de la planète ». Le pillage aujourd'hui encore effectué envers les Sud est une atteinte complètement invisible à la terre et à la mer. L'enjeu est simple : une « biodiversité ordinaire ». Actuellement une faune indigène en France gagne du terrain. Selon Birdlife, il y a une baisse de près de 40% par rapport aux espèces d'oiseaux non menacés en 20 ans. La première chose à mettre en place c'est un système de « connaissance » car nous avons trop basé notre développement sur l'exceptionnel. Il n'y a pas photo : il y a près de un million deux cents mille espèces nommées alors que l'on sait qu'il y en a jusqu'à trente millions ! Ensuite tout passe bien évidemment par la « préservation de la nature » car les espèces protégées ont changé de rôle et de fonction. Il en faut une gestion dynamique sans tomber dans le créationnisme et dans le fixisme. Nous, humains, nous serons prochainement 9 milliards ce qui fera que nous serons l'espèce la plus abondante !
François Letourneux revient sur le concept intellectuel du « néolithique » basé sur la simplification. Il s'agit d'un choix arbitraire de sélection envers les espèces domestiques. De plus, l'intensification agricole est une des premières causes de la perte de la biodiversité. Le progrès tel qu'on le conçoit est terminé et il faut changer l'évolution de ce progrès.
Enfin, pourquoi ne pas considérer une voie ferrée comme un corridor écologique ? Serait-ce un surcoût ? Probablement pas... et même s'il y en a un, la biodiversité c'est tout de même là pour mieux manger, mieux vivre et pour avoir de meilleurs paysages.
Sandrine Bélier reprend la parole pour rappeler le rapport de Pavan Sukhdev qui stipule notamment que le l'on pourrait économiser des pertes de 50 milliards d'euro par an à l'échelle européenne. Il est important de savoir qu'à « chaque euro investi peut aller jusqu'à un retour sur investissement à 100€ ».
C'est au tour de Ghislaine Hierso qui souhaite lier davantage le climat et la biodiversité. Pour elle, « 90% des réglementations sont faites par l'Europe » et elle souligne une « réduction des différents impacts environnementaux ». « Il n'y a pas que la baisse du CO² » qui doit être prise en compte dans les politiques environnementales mais il faut aussi parler de l'eau et des autres énergies dont l'humain a besoin. Enfin, elle fait mention que les entreprises sont dépendantes de 30 à 90% de la biodiversité et elle lance l'idée d'avoir une « comptabilisation des flux de la biodiversité ».
Pour clôturer cet atelier Pascale Rossler qui est vice présidente de la région Centre à la biodiversité, l'éducation à l'environnement et le tourisme est revenue sur le fait qu'au début du siècle on avait affaire à une destruction de notre milieu alors qu'aujourd'hui on est dans une phase de reconstruction. Également, il est capital de « sortir d'une approche sectorielle » et « optimiser les fonds publics pour faire levier ». Selon Pascale Rossler, 40% de l'économie repose sur les services rendus par la nature. Mais le problème est lié au fait que l'économie ne se fait qu'en fonction de critères de rentabilité. Pourtant, l'environnement est une variable d'ajustement envers le social. Ce qui est indispensable de faire c'est une « sensibilisation » accrue à ce sujet, surtout lorsque l'on sait que « 80% de la biodiversité se trouve dans les sols ».
« L'être humain fait partie de cette biodiversité » - Sandrine Bélier.
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