Jeudi 2 septembre 2010
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07:30
En présence de :
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Francine Bavay ;
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Jean Desessard, sénateur ;
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Patrick Viveret, philosophe chercheur.
La question cruciale est celle de savoir comment est-ce que l'on peut approfondir le processus démocratique, toute échelle confondue. Il faut que nous soyons plus nombreux à participer à ce
processus, ce qui s'accompagne irrémédiablement d'une plus grande transparence. Aujourd'hui il est manifeste de voir qu'il existe de vives tensions entre les représentants et les représentés...
Les – presque – deux heures de débat ont été alimenté par l'unique Patrick Viveret, extrêmement pertinent et avisé sur le sujet, en apportant de nouvelles orientations et argumentant ses propos
de façon magistrale (avis personnel).
Il est important dans un premier temps de lier la question des « enjeux à la fois historiques et démocratiques ». Nos divers outils politiques doivent tendre au pluralisme. Cela passe
par l'invention de nouvelles formes démocratiques, revenant à faire une mutation de ce que nous connaissons déjà. La solution n'est pas comme on pourrait le croire la simple extension
quantitative de la démocratie ; non, il doit avoir une « extension qualitative de la démocratie ». Cette attitude implique de fait un changement de posture par rapport au pouvoir. Ce
dernier doit être de « création » doublé de coopération.
La nécessité de changer la donne se voit à travers les défis - colossaux - que l'humanité est dans l'urgence de relever. La crise d'ordre « systémique » est liée à un phénomène de
démesure généralisée du rapport au pouvoir. Patrick Viveret cite Karl Polanyi qui parle de « société de marché », par opposition à l'économie de marché. Il faut faire très attention car
il est souvent coutume de se référer à la crise des années 1930 pour évoquer celle qui nous touche aujourd'hui car il s'agit d'une crise du capitalisme, de « l'ultra-capitalisme ». En
faire le constat c'est bien, mais se prémunir des conséquences désastreuses qui peuvent en résulter c'est mieux. En effet, la réponse qui a été apporté dans les années 1930 à été celle d'un
« retour à la politique de démesure du pouvoir à travers une attitude guerrière et la mise en place du totalitarisme ». Pour maintenant et demain nous devons œuvrer à mettre en place
une politique « qui régule, qui coopère, qui aménage, qui relocalise à travers le développement local » – ce qui n'est pas l'appel à vivre en autarcie !! -
L'autre question à se poser est de savoir si nous avons besoin de dialogue ou de chocs de civilisations ? Ne perdons pas de vue qu'un cycle de l'Histoire prend fin, c'est la fin de la période de
la « modernité du monde occidental », ce que Max Weber nomma le « passage de l'économie de salut, au salut de l'économie ». Une fin de cycle comprend toujours une augmentation
de ses traits caricaturaux, à l'image entre autre du phénomène de colonisation.
Désormais, force est de constater que le salut de l'économie n'a pas tenu ses promesses car il n'y a aucune concordance entre l'économie, le social, la culture,
l'écologie etc. etc. Nous avons assistés à un éclatement des différentes formes de progrès au lieu d'une collaboration entre elles. De plus, l'humanité est à un stade final, un stade de
destruction d'elle même, certainement parce qu'elle est « fatiguée ». Elle a besoin d'un désir, de « poursuivre un rôle, une mission ». Nous sommes donc tous concernés par le
défi de la poursuite de notre propre histoire, de l'histoire de l'humanité. La question à se poser est la suivante : « comment sortir par le haut ? ». Haut faisant opposition au
« bas » qui concerne la guerre de civilisation aboutissant à toutes les formes « d'intégrismes et de fanatismes »... La solution que nous propose Patrick Viveret est
d'effectuer un « tri sélectif de la modernité occidentale » et de procéder à « la même démarche avec les sociétés de traditions ». Son hypothèse est la suivante : tirer les
aspects bonificateurs et négatifs de chacune des deux options. Le résultat pourrait être de préserver pour la modernité occidentale le « désir d'émancipation » et pour les sociétés de
traditions le « triple rapport fort à la nature, au lien social et au sens ». A rebours, il faudrait éliminer la « chosification » et la « logique de
dépendance ».
Pour Patrick Viveret, cette hypothèse concerne on ne peut mieux l'écologie politique et le mouvement féministe car c'est un thème qui est au cœur de leur dialogue et en représente une alternative
de poids. L'intersection de l'écologie politique réside en l'insistance sur « le rapport d'interdépendance de l'être humain envers la nature ». La politique doit alors se mouvoir dans
une critique de l'ultra-capitalisme, de la société consumériste à outrance etc. etc. A propos du mouvement féministe on retrouve également cette logique émancipatrice et la compréhension d'une
« chosification mortifère » qui oblige à un besoin de traditions. La finalité de cet ensemble est un « universel co-construit par les différentes cultures » à condition que
cela passe par un dialogue ouvert et exigeant mettant au cœur des préoccupations les droits fondamentaux.
La deuxième hypothèse renvoie à l'idée d'une « individuation » (ce qui ne veux pas dire individualisation) avec une forte liberté de conscience et un choix de projet de
vie soutenant alors l'exigence émancipatrice. Ce nouvel enjeu de la démocratie est basé à terme sur la construction d'un « pouvoir planétaire » étant fondamentalement décisif. La
« gouvernance mondiale est en route » mais pour cela nous avons « besoin de porteurs de démocratie » qui ne sont rien d'autre que les citoyens. Ainsi, on voit bien qu'il ne
suffit pas d'étendre quantitativement la démocratie mais que cela doit passer nécessairement par son extension qualitative créant ainsi le « passage de la formation d'opinion à celle d'un
jugement ». Aujourd'hui nous sommes dans une société que William Reich a diagnostiqué atteinte de « peste émotionnelle ».
La question clé est donc celle du rapport au pouvoir. Il y a un fort risque dans les années qui viennent à son instrumentation, à sa dérive populiste etc. etc. Les acteurs
doivent donc changer leur rapport au pouvoir. Cela se faisant par une « mutation transformatrice » que l'on a tellement connu par le passé, par le – trop – fameux, et galvaudé, adage :
« faire de la politique autrement ». La solution reste néanmoins de construire des partis politiques étant en lien avec la société. Ce n'est donc pas la question de la
transformation du pouvoir mais bien la subtilité de celle de son rapport au préalable. Pour cela il y a en premier lieu le « besoin de la reconnaissance d'altérité ».
Pour Patrick Viveret, nous serions à un stade qu'il qualifie de « porneia » et la question est de savoir comment on peut en sortir. Il évoque même le terme de
« pornocratie ». J'explique son terme : c'est que pour lui nous sommes à un stade encore non-développé, au premier stade de l'être, forme d'enfance humaine tant par nos
comportements que par nos réflexions... Il cite ensuite Albert Jacquard qui reprend cette idée dont on pourrait en définir le concept comme il suit : « nous sommes des prématurés ». De
même, Edgar Morin a estimé qu'il fallait passer du « logiciel égo-compétitif au logiciel alter-compétitif ». Actuellement nous sommes trop dans une logique de pouvoir à conquérir alors
qu'il serait préférable de tendre vers celle du « pouvoir à créer », ce qui ferait appel à « l'imagination, à la créativité et la vigilance »... En effet, le pouvoir de
conquête se caractérise quant à lui par son énergie tirée d'autrui provoquant alors un cycle « excitation / dépression ». Pour le rapport au pouvoir nouveau, il ne faudrait pas hésiter
à se « servir » de Spinoza pour lui emprunter sa « joie de vivre » permettant de faire le lien entre « intensité et sérénité ». De ce fait, les
ressources dont nous disposons doivent être mises au profit de l'intensité de vie et pas à la conquête.
C'est donc à une « coopérative politique » avec des conditions notamment en matière de précaution qui permet l'aboutissement de la joie de vivre. En France la question de
« l'alchimie positive » aura été posée à toutes les forces transformatrices. C'est Jean Jaurès qui repris le mieux l'idée en comprenant la nécessité d'un pouvoir créateur démultiplié
par la coopération. Mais la question fondamentale reste toujours celle de savoir comment prendre le meilleur de chacune des traditions tout en évitant le pire... Dans cette optique, Patrick
Viveret évoque le phénomène du tirage au sort qui implique concrètement une période de formation afin d'appliquer le(s) service(s) conditionné(s). Il est également nécessaire de parler de la
question du « profil des postes » et de leur sélection. Cela pourrait se baser sur le principe dit de « sociocratie » où l'élection, ou plutôt la « nomination »,
s'effectuerait à travers la définition d'une « intention » et non pas à travers une personne. Pour mieux rendre compte de cette idée on peut prendre l'image d'un cercle auquel se
rattache des rayons, le rayonnement alors produit permet de fabriquer une roue... En définitive, ce serait la mise en place d'élections sans candidats nécessitant « l'unanimité
conssentie ». [Pour toute cette question de la sociocratie, c'est une intervention venant de la salle qui a fait part de son expérience concrète sur le sujet].
En parallèle, et pour revenir sur l'existence de la différence, cette dernière doit se « mouvoir dans une structure favorisant la logique de construction de désaccord ». Mais Patrick
Viveret est très lucide sur la question et met en garde contre le danger d'avoir affaire à une communauté fermée faisant émerger une « immaturité émotionnelle ». Le consensus fait appel
au « sens commun » et cela est basé sur l'acceptation du dissensus ce qui oblige à toujours voir la qualité du ou des désaccord(s) de sortie, qui doit bien évidemment être meilleure que
celle d'entrée. A terme, l'idée serait donc de posséder une « triple alliance politique » ou seraient présents la société civile devenant « civique », les acteurs politiques
et les média (sortant de leur logique de « com' »). De plus, il fait la critique de ce que fut longtemps l'écologie politique atteinte de « schizophrénie » et pensant que la
réinvention du processus politique et démocratique se faisait en tant que l'écologie était le concept réinventant la base sociale politique... Les écologistes ne doivent en rien se considérer
comme supérieurs aux autres ou comme étant les plus « intelligents politiquement » (au niveau de la mise en place des structures...)
Enfin, Patrick Viveret conclu – pour moi de façon très pertinente – sur le fait que « le mouvement coopératif, mutualiste et associatif n'est pas seulement économique », que le champ
politique n'est pas supérieur aux autres champs, notamment sociétal, et que la démocratie locale est à tendre aux autres échelles territoriales.
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